TEXTES

TEXTES    [bibliographie] [articles de presse] [textes critiques] [textes personnels]
BIBLIOGRAPHIE
  MONOGRAPHIES
  2005

Dominique Thévenin. Sculptures - Nice, MAMAC, 2005
textes Gilbert Perlein, Dominique Thévenin, Josiane Alfonsi. n.p., ill., 22 cm.
MAMAC : 01 octobre - 04 décembre 2005

  1997

Dominique Thévenin - Schwerelos - Galerie Schüppenhauer, Cologne, 1997
texte Carl Friedrich Schröer, Bewegung - der Wind spielt mit ...zu den Skulpturen von Dominique Thevenin [ le mouvement ...Et le vent s'amuse. Une approche des sculptures de Dominique Thevenin]. 24 p., ill., 26 cm.
ISBN 3-926226-38-2
Galerie Schüppenhauer, Cologne, Allemagne "schwerelos" : 7 juin - 31 août 1997.
Galerie Wasserwerk, Siegburg, Allemagne "schwerelos" : 8 juin - 31 août 1997.

  1996 Dominique Thévenin - Roquefort les Pins - juin 1996
textes Dominique Thévenin, François Lippens. n.p., ill., 10 cm.
Roquefort les pins (France) : juin 1996.

     
  CATALOGUES EXPOSITIONS DE GROUPE
  2007

Machines, des dizaines d'oeuvres en plein air. Seneffe, ASBL Domaine de Seneffe, 2007
texte : Marjolaine Hanssens. Sculptures de Martin Caminiti, Francis Dusépulchre, René Progin, Dominique Thévenin.
DVD coul., 12 mn., réal. Pixel Prod.
Domaine du Chateau de Seneffe (Belgique) : 6 mai - 4 novembre 2007.

  2004

L'été des arts en pays d'Auxois-Morvan - Semur-en-Auxois, 2004
en partenariat avec le C.R.A.N.E., 45 p., ill., 21 cm.
Drée, Parc de la Maison des Gardes (France) : 24 juillet - 22 août 2004.

  2002

Carnet de bord - 1996/2002. tome II . Nîmes, La Vigie Art Contemporain, 2002
textes Isabelle Viallat Siminou, Jean-Baptiste Crabbe, Catherine Hilaire. 157p., ill., 17 cm.
ISBN 2-9516147-0-5
La Vigie, Nîmes (France) : Rencontres n°12 - Or Paires : 13 novembre 1998 - 30 janvier 1999.

  1994

1° Simposio d'Arte Città di Laigueglia, 23-27 giugno 1993. Comune di Laigueglia, 1994
textes G. Maglione, P. Olivieri, F. Laureri, Prof.ssa F. Tocchio. n.p., ill., 22 cm.
Laigueglia (Italie) : 23 - 27 juillet 1993.

  1991

IXe Rencontre des Artistes Contemporains - Grasse, 1991
présentée par "Défense des Arts Plastiques". n.p., ill., 21 cm.
Espace Chiris, Grasse (France) : 14 septembre - 10 octobre 1991.

  1990

Castel des Arts - Vallauris, 1990
organisée par le groupe Quartz, textes de Alain Pruvost, Gérard Xuriguer. n.p., ill., 20 cm.
Castel Vallauris (France) : 27 avril - 30 juin 1990.

8e Rencontre des Artistes Contemporains - Menton, 1990
présentée par "Défense des Arts Plastiques". n.p., ill., 21 cm.
Palais de l'Europe, Menton (France) :  6 septembre - 14 octobre 1990.

     
  CATALOGUE COLLECTIONS PUBLIQUES
  2004

Pour un art concret - Espace de l'Art Concret, Donation Albers-Honegger - Paris, Centre national des arts plastiques, Isthme éditions, 2004
textes Sybil Albers-Barrier, Gottefried Honegger, Aurélie Nemours, François Barré, Dominique Boudou, Gilles Clément, Rudolf Koella, Anne Tronche. 285 p., ill. 27 cm.
ISBN 2 912688 43 4

     
  LIVRES D'ARTISTES
  2012 Vœux 2011. Atelier d'écriture de l'Avelane 2011/2012 avec Dominique Thévenin. Grasse, 2012.
Textes de Pierre Bihet, Yvette Dallemer, Lauraine Drysdale, Annie Fiore, Alain Freixe, Françoise Gasq, Denis Gridel, Rosemai Guérin, Francine Guibert, Elisabeth Huertas, Annick Manbon, Chantal Mascioni, Jean Vesco.
Chaque texte est accompagné de l'image photographique d'une œuvre que Dominique Thévenin a offerte à l'auteur pour les vœux de bonne année 2011.
19 exemplaires signés, sur arches 250g.
  2011

Il sera toujours déjà tard. Alain Freixe & Dominique Thévenin. Nice, les Cahiers du Museur, collection A côté, 2011.
Texte d'Alain Freixe avec, en vis-à-vis, un dessin original de Dominique Thévenin, au bitume de Judée sur papier glacé.
21 exemplaires signés, sur papier Moulin du Coq, grain torchon, 325g.

  2000

positions, 20 jahre galerie - Christel Schüppenhauer - Köln, Galerie Schüppenhauer, octobre 2000
Künstler der Edition : Jim Avignon, Romen Banerjee, Cristina Barroso, Mary Bauermeister, Rilo Chmielorz, Johannes Deutsch, Dani Eshet, Esther Ferrer, Klaus Geldmacher, Fransceco Mariotti, Michael Gitlin, Gary Goldstein, Freddy-Paul Grunert, Horst Haack, Ute Heuer, Concha Jerez, Franz John, Sabine Kacunko, Klaas Krüger, Hannelore Landrock-Schumann, Luka Lasareishvili, Ben Patterson, Finnbogi Petursson, Steven Rand, Rivka Rinn, Ragna Robertsdottir, Vera Röhm, Günther Selichar, Chiriro Shimotani, Daniel Spoerri, Tamara K. E., Dominique Thévenin, Manos Tsangaris, Ben Vautier, Susanne Windelen.
comprenant une oeuvre originale signée et numérotée des 35 artistes de la galerie, une biographie de chaque artiste et les activités de la galerie de 1980 à 2000. 45 cm.
édité à 70 exemplaires, 34 numérotés et signés de 1 à 35 pour les exemplaires commerciaux  et de I à XXXV pour les exemplaires d'artistes.
exemplaire de D.Thévenin : n° XXXII/XXXV

  1998 LIV/16 - D. THEVENIN – Grasse, Suxus & XIII Editions, 1998.
réalisé sur un concept de J. & C. Pineau après l'exposition “Déjeuners sur l'herbe & Histoires d'eau” à St Jacques du Couloubrier, Grasse, septembre 1998. 16 p. ill., 15 cm.
100 exemplaires numérotés et signés.
     
  ILLUSTRATION
  2004 Récits de la vie brève - Jean-Marie Barnaud, dessin de couverture Dominique Thévenin.
L'Amourier éditions, 2004.
ISBN 2-915120-08-0
ARTICLES DE PRESSE
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  2008

Un parcours d'art contemporain, par Marie-Christine Grasse, p.  34-38 in Beaux Arts éditions Musée International  de la Parfumerie de Grasse, 2008 - ISBN 978-2-84278-654-0

  2007

Machines poétiques et ludiques, in Artenews, juin 2007.

Quatre sculpteurs belges et étrangers ponctuent de leurs œuvres le parc du Château de Seneffe : des machines esthétiques, par Claude Lorent in La Libre Belgique, 06.06.2007.

Seneffe : de bien étranges machines par J.P. in La Nouvelle Gazette (Belgique) 12.05.2007.

  2006

Promenade des Arts : Matières grises et matières brutes, par Olivier Marro in LMS news Le Magazine de Sophia Antipolis, janvier 2006.

  2005

A méditer, agenda de Edwige Giordano, in Résidences Côte d'Azur, décembre 2005.

MAMAC New York, New York! in Magazine Welcome, nov.-déc. 2005.

Novembre al MAMAC, in L'ARCA International (Milan, Italie), nov. 2005.

Nice, Insoutenable légèreté, par Christine Lippens, in Côté Sud, oct.-nov. 2005.

Les cylindres de Thévenin au MAMAC, in Le Petit Niçois, n° 442, 27 oct. - 2 nov. 2005.

Voir l'intime par Mélanie Meyer, in La Strada, 17 oct. 2005

Romano et Thévenin s'installent au MAMAC, in Pays des Alpes Maritimes, n° 145, 6 - 12 oct. 2005.

  2001

Dominique Thévenin : Un coup de vent, jamais, n'abolira le hasard, par Sophie Braganti, p. 20 in Verso arts et lettres n° 23, juillet 2001.

  1999

"Hauskünstler" und Neulinge ergänzen Skulpturenpark der Galerie Incontro : Die Leichtigkeit des schweren Materials in Roch, 28.6.1999.

Sculpture au Cannet : pendant trois semaines, Dominique Thévenin s'est "éclaté", par Agnès de Maistre, p. 21 in Semaine des Spectacles n° 1393, 2-8 juin 1999.

  1998

Dominique Thévenin par Anita Johnson p. 4-5 in L'acier pour construire, mars 1998.

Déjeuners sur l'herbe par Agnès de Maistre, in Semaine des Spectacles, n° 1354, 2 - 8 septembre  1998.

Art contemporain : on est prié d'apporter son panierin Nice Matin, dimanche 6 sept.1998.

  1997

L'art contemporain au domaine, par Agnès de Maistre, in Semaine des Spectacles, n° 1304, 17-23 sept. 1997.

Skulptur und bewegung, in Kölner Stadtanzeiger, 15.8.1997.

Vorm Paradies drückt man sich die Nase platt. In Kölner Galerien : Cy Twombly, Dominique Thevenin und Boris Nieslony von Susanne Henle, in Frankfurter Allgemeine Zeitung, 2.8.1997.

Langsam kreist die Masse Leichte Skulpturen : Ausstellungen mit Werken von Dominique Thévenin von Renate Roos, in Kölner Stadtanzeiger, 31.7.1997.

"Schwerelos" : Der Südfranzose Dominique Thévenin stellt seine Skulpturen vor Stahlrohr vom Wind verweht von Margarete Hucht, in Kölnische Rundschau, 1 juli 1997.

Neueröffnung mit schwebenden Skulpturen, von der Leichtigkeit des schweren Eisens, in Kölnische Rundschau Rhein-Sieg-Kreis, 11 juni 1997.

Künstler lässt Stahlrohre schweben und klingen ; Die Galerie Lange im Wasserwerk eröffnet ihren Garten mit objekten von Dominique Thévenin - Bunt und frech : Bilder von Frank-Firk-Marks, von Jürgen Röhrig, in Kölner Stadtanzeiger, Rhein-Sieg-Anzeiger, 11.6.1997.

  1996

Devant et derrière la lumière, Espace d'art concret - Mouans-Sartoux par Agnès de Maistre, p. 8 in al dante n°14, mai 1996.

  1994

Le château des Arts jusqu'au 1er mai une exposition très diversifiée dans de superbes salles récemment acquises, in Nice Matin avril ,1994.

  1991

Dessins à desseins par Bernard Vadon in Nice Matin, 6 juillet 1991.

Daniel Fillod - Dominique Thévenin exposition à l'hôtel Mercure (Sophia Antipolis) in Alias n°7, 1991.

  1990

Thévenin le fer habité par Michel Dray ; Thévenin vu par Jean Moulin in Alias n° 1 mai - juin 1990 .

  1986

Espaces d'art : Flashes sur les décors, les collages et les pinceaux par Aurore Busser in Nice Matin, dimanche 21   déc. 1986.

L'Art en galerie par Jacques Lepage, p. 9, in Cannes magazine, n° 7 décembre 1986.

     
TEXTES CRITIQUES
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Les sculptures dépouillées de Dominique Thévenin en acier brossé ou en fer anobli par le temps, déjouent les lois de la gravité et flottent majestueusement dans l'espace. Cette conception épurée de la sculpture déplace étonnamment le tabou du lieu où elle s'expose en principe : un socle, il n'y en a aucun ! Les sculptures expriment dans l'espace un "topique suspensif du pur exister".
Des barres ou des fûts d'une tonne ou deux s'élancent à l'assaut du ciel dont la canopée est absente car ils absorbent littéralement l'horizon : ils "sont" cet horizon.
"Le ciel n'a pas d'angles" dit Dominique Fourcade, poète. Mais, justement les sculptures arraisonnent le ciel selon une obliquité qui donne à voir ce que l'on ne voit pas habituellement : l'alentour exubérant ou sobre des choses qui existent, la coulure bleue de l'espace sur leurs flancs et le frisson qu'elle leur propose. Une grande force inorganique les traverse (toute force est inorganique) et donne (c'est un don) à sentir la présence du réel comme "étant là".
Si on porte son attention vers le mouvement perceptible qui les anime, on a un choc : une césure interstitielle entre les deux parties de la sculpture favorise un flirt de la matière et on a la sensation d'une rencontre presque possible. Possible, l'impossibilité ? c'est jubilatoire et le sculpteur propose dans la matière de l'oeuvre, cet énoncé du psychanalyste, François Roustang, "Il suffit d'un geste", pour déplacer l'impensable, l'inconnaissable est à apprivoiser comme une caresse.
Pour "Palabres des hoche-queues" -juillet 2010-, installation au Lavoir de Mougins, Dominique Thévenin introduit un nouvel espace-matière, celui de la liquidité de l'eau murmurant dans le lavoir où se balancent a contrario, deux séries de sculptures (l'une brillante, l'autre plus fine et sombre). Elles reposent cette fois-ci sur l'inattendu de l'horizontalité comme pour suivre le fil de l'eau. Exister au gré d'un presque touche-touche "étrangé" (1) de son espacement toujours éludé. L'intitulation de l'oeuvre énigmatique mais rieuse ressemble à une didascalie de théâtre. C'est bien de cela qu'il s'agit : les hochequeues
sont des bergeronnettes dites aussi "lavandières". C'est leur dialogue mutin que les sculptures présentent en entamant un chuchotis à l'infini. Le monde commence et finit sans cesse. Le lavoir est vide ensuite et les sculptures apprivoisent cette absence, de leur hochement imperceptible.
Curieusement, ces oeuvres rigides se propulsent par un balancement léger de funambule, incitation au rire, au risque.

© Danielle C. Robert
Docteur de l'Université en Esthétique et Arts du Spectacle
le 9 août 2010
(1) terme du philosophe Jean-Luc Nancy

     
   

Les sculptures de Dominique Thévenin nécessitent à l’évidence que le souffle de l’air les anime. Cet élément fondamental de la nature est nécessaire pour que l’œuvre prenne son sens total. C’est logiquement qu’elles trouvent place cet automne sur l’Esplanade Niki de Saint Phalle. Elles répondent au Stabile Mobile 1970 d’Alexander Calder qui depuis l’inauguration du musée oscille paisiblement au gré du vent. Contre le pilier Sud, le Scarabée Sacré de Dalibor Stosic dresse sa masse de métal rouillé et rivetée en écho aux sculptures mouvantes de Thévenin.
Sur le parvis du musée, dans des cadres de métal posés sur le sol, du bitume coulé supporte trois sculptures : les Trois Apodes 2005, colonnes d’inégales hauteurs dont les portions de fûts glissent subtilement en un mouvement transversal. Sobres, elles ménagent une perspective sur l’alignement des autres pièces et d’abord, le groupe massif de Trois fûts en biais 2005, boulonnés, râblés, au ras du sol, rouillés tels les vestiges des machines portuaires hors d’usage. Pour un peu, on entendrait résonner la voix grave du métal. Ce sont en réalité des fonds de cuves de chaudronnerie des usines de parfum de Grasse, récupérées dans le vieil atelier occupé par l’artiste. Palplanches 2005, une gerbe de matériaux qu’on dirait bruts, contraste par son jaillissement avec le classicisme des Apodes.
Autour de l’atrium central surplombant la rue, plusieurs autres œuvres jalonnent le cheminement de l’artiste sur le parvis du musée, jusqu’à V. à fleur d’eau 2000, repérable à travers les vitres de la coursive Nord : dix-huit fûts métalliques portent des troncs de châtaigniers écorcés, grêles et fragiles, mêlant leur blondeur naturelle à la noirceur du métal brut. La ténuité du mouvement sous l’effet du souffle de l’air oblige à s’arrêter pour le percevoir, pour se persuader qu’on n’a pas rêvé. Le temps quantifiable n’a plus de prise. Le temps de la poésie est venu.
Sculpteur du mouvement, Dominique Thévenin crée ses œuvres dans un métal rugueux, brut, fondamental. Les masses cylindriques s’équilibrent en fonction d’un axe mystérieux puis s’animent au moindre souffle d’air, entraînant une déstabilisation visuelle chez le spectateur. On est décontenancé par l’écart existant entre l’aspect massif des blocs de métal ou parfois de ciment et la légèreté avec laquelle ils glissent les uns sur les autres, silencieusement, dans une harmonie feutrée. L’instant est suspendu une fraction de seconde dans l’attente. Les mouvements s’enchaînent avec la douceur huilée et l’aisance des mots du poème.
L’oeuvre de Dominique Thévenin est une incitation à la méditation.
Tout le travail de l’artiste prend en compte les notions essentielles, parfois impalpables jusqu’à l’immatériel, des énergies confrontées d’éléments naturels et des puissantes masses métalliques façonnées de sa main ou sous son contrôle dans un atelier de métallurgie. Nous avons souhaité mettre son œuvre en relation indirecte certes, mais perceptible, avec la trace sensible laissée par Yves Klein dans l’expression de l’immatériel. Il nous a semblé qu’il y avait là une évidence que la Ville de Nice a concrétisée par l’acquisition de Trois fûts en biais 2005.

© Gilbert Perlein , août 2005
[in Dominique Thévenin Sculptures, catalogue de l’exposition du 1er octobre au 4 décembre 2005, MAMAC, Nice.]

     
   

Justesse de Dominique Thévenin

Cette sculpture intitulée Madrid, sans doute parce qu'elle a été exposée précisément à Madrid (ARCO), donne une impression de puissance massive qui est trompeuse : en effet, tout le travail de Thévenin n'est perceptible qu'à qui voit ses pièces - et celle-ci comme les autres - là où elles sont montrées, le plus souvent à l'extérieur, où le moindre souffle d'air les anime.
Il y a quelque chose de miraculeux à voir ces structures puissantes, parfois de très hautes colonnes en enfilade, se mouvoir lentement comme si elles étaient sans cesse en recherche d'équilibre. Le travail du sculpteur - non plus ciseau, ici, mais chalumeau et fer à souder - poursuit l'objectif de tout artiste, sa faim, ce moment où les choses représentées se mettent à vivre d'elles-mêmes et à construire leur ordre. Et ici, l'ordre est sans cesse remis en question, sans cesse reconquis.
Passant par Grasse, cherchez à rencontrer cet artiste discret et secret, mais dont les oeuvres pourtant sont visibles, en collection publique ou privée en France, en Allemagne, en Italie, aux USA...

© Jean-Marie Barnaud, 23 septembre 2004
[in www.remue.net, art et photos]

     
   

La sculpture de Dominique Thévenin
Ça n’a l’air de rien
C’est un peu bancal
Mais ça tient
C’est grand c’est fort c’est lourd
C’est rouillé bitumé bétoné
Massif dehors secret dedans
Ça défie l’équilibre
Ça fascine
Un rien d’air et ça bouge
Fragile et subtile
Le sourire aux lèvres

Atelier de Dominique Thévenin
le 15 mars 2004 à Grasse.

© Josiane Alfonsi, 2004

     
   

Apode , 1995 – FNAC inv; 02-1365

Les cylindres, tambours et stèles en fer ou en acier rouillé de Dominique Thévenin interpellent à la fois par le contraste entre leur matérialité à l'aspect brut et le très léger mouvement qui les anime, et par le contraste entre leur rigueur puriste et la douceur qui en émane. Formes lourdes, immobiles, qui placées dans la nature, se meuvent légèrement sous l'effet du vent. On retrouve dans son travail une tendance à l'abstraction et au mouvement qui n'est pas éloignée de celle de l'Op'art et de l'art cinétique. Face à ces énigmes, de grands référents viennent à l'esprit : Duchamp, Calder, Bury, Tinguely.

© Dominique Boudou, 2004
[in notice de « Apode » 1995, collection du FNAC (Fonds national d'art contemporain), donation Albers-Honegger, en dépôt à l'Espace de l'Art concret de Mouans-Sartoux.]

     
   

Un coup de vent, jamais, n’abolira le hasard

C’est dans la partie intime de Grasse qu’il faut voir le lieu du travail. Des friches, des ateliers et des usines à l’abandon. De pères en fils. Dans la pente. On voit loin. Les champs. Les abus de l’urbanisation. La mer sous les nuées de fin de journée. Ça sent bon.
Ici Dominique Thévenin et ses sculptures ont ce calme propre aux levers du jour. Le « la » de la poésie vous recompose quelques tons. Vous voyez, cette absence de nom qui colle aux couleurs des premiers instants de l’aube ? Cette fausse immobilité des murs et des arbres ? Ce léger souffle qu’on connaît surtout dans les films qui vont si bien aux acteurs avec leurs pas légers et fragiles des derniers instants nocturnes ? C’est à tout cela que ça ressemble. Avec en plus l’acier qui nous joue des tours sans brutalité, en arborant des figures de troncs, leur empruntant jusqu’à la couleur (cette couleur sans nom soumise aux caprices de la lumière, à l’action du temps qui imprime sa rouille).
Il y a longtemps que je n’avais pas été fascinée.
J’en eus le pas hésitant et le sens de la question perdu. C’est à dire que le doute s’installe sur votre corps et sur ce qui l’environne. Qui est bouge ? Qui stable ? L’objet devant soi est en apesanteur. Réellement. Il donne aux murs ou aux arbres un mouvement autre. Des mètres d’instabilité solide. A dimensions humaines. Il met en alerte plus le regard et le corps que le toucher. L’expression « ne plus tenir en place » prend tout son sens ici. Des masses aériennes qu’un seul passage, un geste pour fouiller dans son sac, un éternuement, un soupir et tout est transformé, déstabilisé dans l’imperceptibilité et dans la légèreté d’un mouvement imprévisible entraînant des lignes sensuelles de droite à gauche ou de haut en bas, ou quelques esquisses circulaires fragiles. Et on bouge en même temps, on s’interroge sur la magie d’abord, ensuite sur la science.
Mais surtout pas. Surtout ne pas percer le mystère de comment c’est fait. C’est là. Silence.
Se laisser flotter entre les 18 pieux ou pilotis qui rappellent Venise sauf qu’ils s’enracinent dans du sable ou  de la terre in situ. Air, terre, la matérialité échappe aux critères habituels. La simplicité du « trait » ajoute à l’étonnement. On se prend au jeu de souffler sur la sculpture, de lui donner juste une impulsion de l’index pour la provoquer un peu. Mais elle se passe de nous. Comme des noms d’autres artistes de la même sensibilité. Symbiose.
Le sculpteur est discret et son intervention apparaît peu. Son oeuvre de pièces récupérées ou non, nous fait oublier le travail, son fer à retordre. Idem les mois de recherche, de précision, de maîtrise des matériaux, qu’il connaît depuis toujours, de père en fils. Quelque chose d’évident, grâce à l’équilibre trouvé dans le rapport des formes et de leurs tailles.
Lourdeur et légèreté, solidité et fragilité, horizontalité et verticalité, va et vient dans l’expectative, il se dégage là, une énergie, vraiment, incroyablement, peu commune, qu’il est bon d’engranger.

© Sophie Braganti, 2000
[in revue Verso n°23]

     
   

Nîmes, La Vigie,
vendredi 13 novembre 1998, 19 h.

Venir se confronter à l’espace dans un lieu clos. Une pièce d’habitation vide. Elle garde des traces ...chambre ?, salon ? ... Un espace privé, détourné.
La verticale : le mur de façade; au centre, une fenêtre. Une poutre métallique scellée à mi-hauteur biaise l’espace là, au niveau du regard.
Au sol un assemblage de plaques d’aluminium surélève le plancher.
Le regard est attiré par les reflets où se jouent les verticales, les horizontales ; lignes en perspective, au miroir du réel ... espace flottant ?.
Quelque chose change imperceptiblement dans la composition ; au moindre souffle, la surface horizontale est mise en mouvement. Elle crée, transforme lentement les images ... la fenêtre, les murs, la poutre bougent.
Immobile, stable, le corps fait face. Le regard s’éprouve au centre d’un espace réel ou fictif, solide, liquide, ou gazeux. Rien qui soit déjà connu ! Il perçoit sa propre force, il engendre la stabilité, il affronte l’indicible matérialité de l’espace.
Les repères sont transformés. La plaque rigide glisse, se courbe sur du liquide. L’image plane, se tord, s’envole. Le lourd métal se brise, s’agite.
Le temps s’arrête, le présent est densité puis vapeur......Expérience au-delà du vécu, fascination.

© Francine Guibert, 1998
[à propos de l'exposition « Or paires » à la galerie La Vigie]

     
   

Mouvement – vent ludique complice… les sculptures de Dominique Thévenin

L'art est en mouvement. L'avoir trouvé fait partie des belles conquêtes de l'art de notre siècle, qui s'achève. De quelle source, de quel prétexte, de quelles énergies l'art s'alimente-t-il, vers quel but le mouvement de l'art est-il poussé – on ne saurait le décrire sûrement comme un déroulement linéaire, comme par exemple la solution idéale depuis la première tentative timide de marcher des statuettes de jeunes garçons (kouroi) de l'Egypte antique et archaïques jusqu'à la plastique/sculpture cinétique abstraite, voire de la vidéo d'art. L'art consiste en un mouvement de déploiement et de différenciation, dans lequel l'espace apparaît, grâce à ce processus constant, étonnamment élargi et infiniment grand. L'art est en mouvement. L'art est un mouvement, ceci aussi, nous pouvons en faire l'expérience visiblement : oeuvres d'art, artistes et amateurs d'art sont plus que jamais au XX° siècle partis en voyage. Des nomades d'une industrie séduisante de l'art, des touristes de l'art, des voyageurs sans programme précis sommes-nous devenus afin de rester sur la trace des mouvements entrelacés de l'art.
L'étonnant des sculptures de Dominique Thévenin, c'est leur mouvement. On ne remarque pas d'emblée chez elles ce pouvoir. Au contraire : lourdes, stables et rigides, elles s'affirment dans l'espace. Leurs matériaux, fer et acier, s'opposent sans équivoque à toute forme de mobilité. En raison de la solidité de ces corps métalliques, toute idée de déplacement ne serait-ce que d'un millimètre, semble exclue. Le mouvement surprend d'autant plus. Il suffit du vent, d'un courant d'air pour les ébranler. La lourdeur se met en mouvement et devient légèreté. La rigidité trahit une dynamique latente qu'on n'aurait nullement supposée, chargée d'énergie. La forme métallique géométrique, sévère, gagne en légèreté, devient ludisme et poésie. Le matériau industriel inorganique tend, grâce au mouvement, à gagner l'autre pôle, la nature.
Plus sévère la forme, plus surprenant le mouvement. Cylindres, tambours et stèles en acier rouillé simples, géométriques, ce sont eux de qui on attend le moins un mouvement. Et c'est le mouvement léger, à peine perceptible, le calme des hauts et des bas, qui confèrent leur charme aux prosaïques pièces industrielles. Réduite et simplifiée de même que leur forme est aussi la liberté d'action que leur accorde le sculpteur D. Thévenin. N'importent pas à ses yeux des mouvements abrupts, larges, ou envahissant l'espace. Ce qui le séduit, c'est la précision, et celle-ci se manifeste dans un espace étroit – dans les rouages d'horlogerie pour le moins tout autant que dans la navigation spatiale. Un souffle d'air suffit dans une rigueur pure et une extrême réduction. Dès 1955, lors de l'exposition Le Mouvement dans la galerie parisienne alors dirigée par Denise René, le mouvement fut compris comme le thème central de la sculpture moderne et présenté à un public étonné. L'exposition dans la petite galerie de la rive gauche fit fureur, dans un certain sens elle fit même date, et jusqu'à aujourd'hui, on peut sentir les cercles et les oscillations que Le Mouvement a déclenchés, particulièrement en France. Pontus Hulten, l'administrateur, avait invité à participer les deux artistes initiateurs du thème « Mouvement » dans l'art, Marcel Duchamp et Alexander Calder. Aux côtés de ces deux pères du Mouvement, est apparue une plus jeune génération : Agam, Bury, Soto et Tinguely. Le rapprochement du futurisme, du surréalisme et du constructivisme qui conduisit à des associations d'artistes français alors leaders, telles que « Cercle et Carré », « Abstraction – Création » et plus tard surtout le « Groupe de recherche d'art visuel » est manifeste.
On peut bien voir en avant de l'arrière-plan de cette riche tradition française l'oeuvre plastique de D. Thévenin. En France, le fer et l'acier ont été introduits dans la sculpture comme des matériaux autonomes. C'étaient les artistes espagnols travaillant à Paris, Pablo Picasso et Julio González, qui ont créé les premières sculptures en fer – matériau qui avait jusque-là trouvé son emploi avant tout pour l'architecture industrielle, les techniques de transport et les systèmes de transport. Avec ses qualités et les procédés d'usinage, le fer en tant que matériau se distingue des matériaux habituellement utilisés (avant tout le bois, la pierre et le bronze). L'art traditionnel de la sculpture connaît la différence entre « plastique » et « sculpture ». Ėtroitement associé aux techniques de fonte, le terme de « plastique » désigne à l'origine des oeuvres d'art tridimensionnelles façonnées avec du matériau malléable, argile ou plâtre; en revanche, « sculpture » se rapporte à des oeuvres plastiques travaillées à partir d'un matériauferme comme la pierre ou le bois. Les deux concepts ne s'appliquent pas au travail de Dominique Thévenin. Il ne façonne pas avec du matériau malléable ni n'arrache quelque chose d'un matériau dur.
Les notions d' « assemblage » ou de « collage » n'aident pas davantage non plus. Dans les années 1930, González était en relation avec des artistes des groupes « Cercle et Création » et « Abstraction – Création », qui s'efforçaient de créer à partir de formes fondamentales élémentaires des figurations archaïques, presque fétichistes. Il semble que cette tendance, liée au penchant pour l'abstraction et le mouvement, dans la sculpture des années 1960 (Op art, cinétique) se réunissent dans les oeuvres de D. Thévenin. Tout du moins y a-t-il ici des raisons révélatrices et des lignes de rapport que l'on peut reconnaître dans l'oeuvre entièrement non académique de l'artiste, qui vit dans le sud de la France. Les oeuvres de D. Thévenin tirent leur surprenant effet d'une grande habileté manuelle de l'artiste. En tant qu'artiste, il est autodidacte. Pourtant, il se trouve ainsi en très bonne compagnie précisément parmi les sculpteurs de ce siècle mouvementé. Duchamp a certes mis le pied à l'étrier de l'art du siècle, mais n'a jamais fréquenté une école des beaux-arts. Le grand sculpteur américain David Smith a commencé comme ouvrier métallurgiste et Ulrich Rückriem a appris son métier de tailleur dans l'atelier des tailleurs de pierre de la cathédrale de Cologne. Dominique Thévenin maîtrise son métier, mais il ne fait pas de ses sculptures sa marque de fabrique; au cours de son travail manuel, il ne laisse nulle part derrière lui une trace de ses gestes.
Son art témoigne d'un grand naturel. Savoir-faire manuel et art, calme et mouvement en même temps, c'est de tout cela que résulte l'étonnante légèreté et l'effet durable de ses oeuvres.

© Carl Friedreich SCHRÖER
Bewegung – der Wind spielt mit… zu den Skulpturen von Dominique Thévenin
in : catalogue de l'exposition Dominique Thevenin Schwerelos, galerie Schüppenhauer, Cologne et galerie
Wasserwerk, Siegburg, 1997. Traduction de l'allemand par Gisèle Argaud

     
   

Le mouvement en sculpture accroche l’œil, fascine, berce, fascine encore et encore. Mais peu s’y essaient, peu s’y affrontent, peu tentent d’en apprivoiser ne fut-ce qu’une toute petite partie. Car le mouvement est multiple, infiniment différent, même dans son apparente répétition.
Il faut avoir appris à écouter le vent, à voir vibrer la lumière, à entendre bruisser le mouvement, à toucher ces faisceaux de rayons, à écouter gronder la terre, à la sentir vibrer, trembler.
De même que cette main divine, au plafond de la chapelle Sixtine, accorde vie à l’homme, le mouvement donne par la grâce du sculpteur-magicien, vie à la matière .
Je ne vois plus ni tube, ni rouille, ni pivot, ni axe, je ne vois que ce mouvement présent jusqu’à l’obsession, enivrant dans sa répétition et cependant toujours différent.
J’y trouve encore la surprise, l’interrogation amusée, l’étonnement, la fascination encore et encore. L’œuvre de Dominique Thévenin est tout cela pour mon plus grand bonheur, de ceux qui font comprendre qu’il est possible de vibrer à l’unisson de l’univers.

© François Lippens, 1996
[in catalogue de l'exposition à Roquefort les Pins]

     
   

Thévenin dispose des constructions de fer, ouvrant et refermant des volumes où l'épaisseur semble décrire des défis lancés à la matière du métal. Beaucoup de temps et de patience pour courber, amoindrir, déchirer des épaisseurs de vingt ou trente millimètres. Volumes en équilibre, disloqués avec inclusion d'objets industriels, fonds de cuve, fûts ou caisse de fer, proche de l'éclatement ou lente et sourde implosion.

© Guy Champailler, 1992
[texte pour l'affiche (verso) de l'exposition «4 artistes contemporains»  à l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie, Sophia Antipolis, 2-30 juin 1992. Avec Andreatta, Champailler et Kolb.]

     
   

L’Aile du Vent », « Rêve d’Oiseau », « le Phoenix qui renaît de ses cendres », « le Rêve d’Icare », « la Grande Chrysalide »…Les titres en général ont peu d’importance, mais énumérés dans leur poésie ils peuvent indiquer une thématique, un esprit de travail et de réalisation.
L’espace et le vent animent ces sculptures, se coulent au sein des courbes, des résilles, des petites chaînes de suspension. Ils pénètrent ces formulations d’apparence légère qu’un œil attentif percevra comme de longues méditations. On y décèlera le fil conducteur, l’organisation rythmique, la décision structurale. L’élan  et l’envol sont aux aguets, l’énergie et la délicatesse sont disponibles…
L’art du sculpteur métallier appartient essentiellement à notre époque, fait d’acier forgé, de tôle, de pièces industrielles ou de rebuts anoblis. Il doit dans le même temps confirmer la puissance énergétique du métal et dompter la déchirure, le heurt agressif souvent menaçant. L’artiste supporte cette dualité dangereuse, il devra l’orienter à son gré, au service de sa création. Dominique Thévenin conçoit des sculptures où s’interfèrent ces deux notions. Sveltes et subtiles seront ses lancées, ses nervures dans l’espace…fusante et dynamique leur expression générale, leur mouvance sans fin qui dessine dans le stabile ou le mobile le tridimensionnel et nous attire de toutes parts.
Les pièces sont monumentales, non par leur dimension mais par leur conception. Petits formats où la minutie joue de son charme, réalisations de haut régime propre à s’imposer et à dominer, mobiles soumis aux incidences aériennes, tous ces engagements sont révélateurs de recherches, d’innovations mais aussi de références classiques. Ainsi naît leur élégance, leur soumission à la logique traditionnelle de la grande sculpture. L’identité de Dominique Thévenin est aisément discernable. Axées sur le visage, voire le nu et à l’heure actuelle sur l’oiseau et le vol, ces sculptures ont forme de vie et de mouvement. Elles sont viriles et conservent la spontanéité de l’idée. C’est un dessin qui investit l’espace, le mobilise, le maîtrise et le conquiert. C’est aussi la sagesse d’une verticale stable, d’un plan suspendu ; la complicité d’un entrelac, d’un filet, l’apport d’un petit câble soulignant un ensemble. La couleur du métal nous offre sa résonance et parfois aussi la couleur propre : des bleus, des rouges… C’est tonique et fort.

© Michel Gaudet, mai 1991

TEXTES PERSONNELS

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  2008

[Pour l'audio guide du Musée International de la Parfumerie à Grasse.]

« L’apode tronconique n° 1 » fait référence aux cheminées industrielles qui disparaissent l’une après l’autre du paysage grassois, les usines déplacées en périphérie, elles n’ont plus raison d'être. Leurs silhouettes ponctuaient la ville comme d’immenses cyprès rouges, en dialogue avec ceux que l’on voit sur les collines alentour.
Mais c'est aussiune forme récurrente et universelle, elle défie la gravité, elle échappe à la pesanteur.
Le fer, dans ses multiples  expressions, me fascine. Je l'utilise pour la plupart de mes sculptures qui toutes sont axées sur l'équilibre et dont le déplacement est uniquement provoqué par les courants d'air. Celle-ci pèse autour de trois cents kilos et trois cents kilos qui bougent au moindre souffle, c’est inattendu, ça fait rêver…
Au moment où le mouvement est à peine perceptible, le spectateur doute et s’interroge sur sa propre vision, sur sa propre stabilité... Plutôt que de dire « elle bouge » je préfèrerais qu'il se dise « elle respire », ce serait plus juste quant à ce que je souhaite exprimer.

  2001

[à propos de l'installation “15 colonnes” (2000)]

15 colonnes

Cette pièce a été réalisée à partir d'aciers récupérés. Immergés pendant plusieurs dizaines d'années, ils soutenaient un ponton aujourd'hui démantelé du port de Saint-Tropez.
Tronçonnés sur des longueurs de 2,20 à 2,50 m., ils pèsent environ 150 kg chacun. Récupérés, redressés, les quinze apodes groupés en une forêt quadrangulaire, s'animent de lents mouvements. Ils se jouent de l'équilibre, jamais en repos.
Chacun des éléments choisi est une séquence, extraite de tonnes d'acier vouées à l'oubli.
De leur ancienne situation ils conservent les tranformations apportées par la salinité, les concrétions du plancton et des animaux marins.
L'installation “15 colonnes”, présentée pour la première fois à Siegbourg, est acquise pour la Route des Sculptures (Routenfürher Mandmarken-Kunst).
A Oberhausen, berceau de la sidérurgie, elles se trouvent confrontées à leur origine.

[à propos de l'exposition “Fumées” à Cannes, Cabinet P. Fauroux]

Fumées

Pour l'instant, accepter l'aléatoire et ses possibles, en jeu pour moi de saisir - au plus vite et au mieux - le dessein d'un geste qui s'écrit.

  1996

[exposition Roquefort les Pins]

Gravité

Jouant la contradiction, l’amplitude du mobile respire doucement.
Entre poids et mouvement, entre stabilité et apesanteur, la force intrinsèque de l’acier brut se rie de l’équilibre.
Mis en oeuvre sans artifice ni mécanique, le fer, dans sa nue simplicité de fabrique, souligne la volonté de confronter ces sculptures au temps et à la gravité des espaces à travers lesquels elles existent.
Ce sont ces non-limites qui interrogent, ces franges où la perception est prise en défaut alors que les certitudes vacillent, ... instants fragilisés.

  1995

[exposition « Gravité », Mouans Sartoux]

Si j'ai choisi le terme « Gravité » à cette exposition, c'est pour le double sens dont il est porteur.
La gravité nous cloue au sol et nous attire vers le noyau essentiel. De ce fait, nous nous étonnerions de voir, dans notre entourage, quelqu'un privé de cette constante stabilisatrice.
Pourtant nos bases pourraient être des plus lourdes qu'elles n'entraveraient pas notre capacité à rêver, au contraire.
C'est de cette ambiguïté dont je fais état ici, où les masses d'acier nous représentent : Etres en transit, les deux pieds encore dans le ventre d'une mère, mais la tête, déjà dans les étoiles, filante.

  1994

[exposition Château du Bar sur Loup]

Apode

Le plein
Masses d’acier fichées dans le sol, sortes de pieux immuables, éternels, pesants, plantés pour contenir je ne sais quelle vague, ou bien colonnes ayant soutenu quelque édifice, ou simplement stèles érigées face au vide...

Le vide
... lui, inspire réflexion et silence mais aussi donne vertige et vacillement. Le doute s’installe et bouscule notre perception. L’absence des bases, la mouvance des appuis nous renvoient à notre propre image
... fragiles et forts à la fois.

  1991

[exposition Hôtel Mercure, Sophia Antipolis]

L'acier en tant que tel ne m'intéresse que par les possibilités que j'y découvre chaque jour davantage.
Oublier larmes et canons, bafouer la rigueur sidérurgique pour trouver simplement à exposer la passion, la fragilité de l'instant, la fugacité d'un regard.
Morceaux de métal soumis aux caprices de la vie, aux rythmes du feu, au gré du vent et forgés pour ce, FERS RÊVÉS...

  1990

[exposition Art Invest , Le Cannet]

J'aimerais que les gens oublient la rigueur sidérurgique et trouvent simplement dans ma démarche la passion de la vie, la fragilité de l'instant, la fugacité d'un regard. L'acier en tant que tel ne m'intéresse que par les possibilités que j'y découvre chaque jour davantage ; le soumettre aux vibrations de la vie : tel est mon propos.

(…) Ce que je sais faire il est bien évident que je l'ai déjà fait. Il me reste donc à faire ce que je ne sais pas faire. Apprendre en faisant. Partout je sens en moi des dangers, partout des doutes. Et j'avance avec eux contre la nuit.(...)
Eduardo Chillida


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